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Death Note de Adam Wingard

Le 29/08/17 à 18:20:35 par Shinobivdk
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Death Note est un manga que j’aime beaucoup. Quand je l’ai découvert, c’était ma première rencontre avec ce genre d’histoire. Des personnages intéressants, une tension incroyable, un combat de l’esprit impressionnant entre Light Yagami et le très “original” L, le génie détective. La réflexion sur le bien et le mal ainsi que sur la peine de Mort, couplée à un rythme effréné ont fait que Death Note m’a marqué.
Alors forcément, lorsque Netflix a annoncé la sortie d’une adaptation américaine de l’oeuvre, je l’ai attendu au tournant. Et quand les premières bandes annonces sont arrivées, j’ai eu peur. Et après avoir vu le film ? J’ai eu une raison d’avoir peur…

Synopsis

Quand Light Turner utilise son carnet surnaturel pour faire justice lui-même, il attire l'attention d'un détective, d'un démon et d'une fille de sa classe.

Avis

Cette version de Death Note est donc une adaptation Américaine filmique de l’oeuvre de Tsugumi Ôba et Takeshi Obata. A ce titre, je vous propose de voir mon jugement en terme d’adaptation, mais aussi sous le prisme d’un film “normal”. Commençons donc avec le premier point.

Death Note Évolution ?

Pour certains, quand on pense à une adaptation Américaine d’une oeuvre Japonaise, on pense directement à Dragon Ball Évolution, une adaptation du manga d’Akira Toriyama, qui se trouve être très mauvaise, tant elle maltraite le matériau d’origine. Mais entendons-nous bien, une adaptation d’oeuvre ne doit pas forcément être un copier-coller de l’oeuvre d’origine. Une adaptation c’est une vision de l’auteur par rapport à une oeuvre. Dans le cas, de Dragon Ball Évolution, c’est une adaptation ratée, car elle prend la mythologie d’origine pour faire n’importe quoi avec : La mauvaise utilisation de la transformation en Gorille, ou tout simplement la transposition dans un univers plus “réel”.

Dans le cas de Death Note, la transposition se fait beaucoup plus naturellement puisque l’oeuvre d’origine ne comporte que très peu d’éléments fantastiques. Et donc pour moi, la transposition aux Etats-Unis n’est pas quelque chose d’effarant. En effet, la quasi-totalité des thèmes abordés dans Death Note sont universels : Qu’est-ce que la justice ? , Devons-nous rendre justice nous-même ? La peine de mort est-elle une bonne ? Tous ces thèmes sont très facilement adaptables dans un contexte Américain. Surtout, dans un contexte Américain où la peine de mort est encore présente ! Le fait est que, cette version Netflix de Death Note effleure à peine ces thèmes. Elle ne fait qu’en parler vaguement lors de pauvres dialogues, entre les « Oui, mais faut laisser les policiers faire leur travail. », « Les criminels doivent être traduits en justice ». Mais c’est tout. Pire encore, le personnage de Light Turner.

Light Yagami est une pure représentation de ce que doit être l’élite Japonaise : Il a les meilleures notes dans le premier lycée du Japon, et s’attire toutes les filles. Pour lui, c’est un être parfait qui rêve d’être un Dieu parmi les humains. Même si aux États-unis, les critères de réussite sociale ne sont pas les mêmes qu’au Japon, il était tout à fait possible d’en faire par exemple, un sportif intelligent qui obtient ses entrées dans n’importe quelles facultés Américaines qui souhaite s'élever au rang de dieux parmi la classe moyenne Américaine. Ou alors, choisir l’exact opposé, en faisant de Light, un personnage intelligent mais martyrisé par les autres. Le stéréotype de la personne qu’on enferme dans un casier. (Ce qu’on aurait pu croire à la vie des Bandes Annonces). C’est certes très cliché, mais ça aurait été tout à fait logique et en adéquation avec le lieu de l’histoire. Sauf que dans ce film, Light Turner, n’est ni particulièrement intelligent, ni particulièrement tête de turc, ce n’est qu’un élève lambda, un peu tête à claques. Le film nous dit qu’il est intelligent, mais il ne nous le montre pas. Pire, il se fait mener à la baguette par Mia, l'équivalent de Misa. (Et du coup, par baguette, il faut comprendre autre chose…) D’ailleurs, si vous voulez vraiment quelqu’un qui se rapproche de Yagami, regardez du côté de Mia, vraiment ! Bref, en étant aussi lamba, tout le message que le film aurait pu faire passer, tombe à l’eau, on ne passe pas son temps à avoir des sentiments ambigus envers Kira. En fait, on ne ressent rien pour lui. Oubliez donc les batailles idéologiques et le suspense poignant, vous ne trouverez rien de tout ça.

Death Note n’est certainement pas une mauvaise adaptation du niveau de Dragon Ball Évolution, mais cela reste une mauvaise adaptation qui ne fait qu’effleurer le sujet qu’elle tente aborder.

Mais le film alors ?

Oublions donc pendant la lecture de cette partie, l'existence du manga Death Note et jugeons celui de Netflix pour ce qu’il est : Un film. Parce que tout simplement, une mauvaise adaptation, ne veut pas forcément dire, mauvais film. Sauf que…

Death Note est un film de 1h40, racontant l’histoire d’un lycéen souhaitant changé le monde armé d’un cahier conféré par un dieu de la mort, tout en évitant de se faire prendre par les autorités. Une des premières choses dommageables viennent des 100 minutes bien trop courtes pour permettre une enquête haletante. En conséquence, le film abuse encore et encore de raccourcis aussi ridicules les uns que les autres et réduisant la crédibilité du personnage de L, un personnage supposé être un détective de génie, dont la puissance du raisonnement se résume dans le film à  : « Il ne t’a pas tué donc c’est ton fils. » ou « Il a tué quelqu’un de Seattle, donc il habite à Seattle ».

Ces raccourcis nuisent à l’immersion dans le film, qui semble moins bien écrit qu’un épisode des experts. Mais pire que ça, le film accumule les incohérences et les fautes de goûts au fur et à mesure que le temps passe, et cela directement au coeur de l’élément principal du film : Le Death Note. Dans le film, il est stipulé que pour pouvoir tuer quelqu’un, il faut son nom et son visage en tête. Pendant tout le film, Light utilise le nom ET le prénom de la personne pour la tuer, logique… Sauf au moment où Light utilise juste un nom, qui est peut-être faux… Et ça marche ! La personne meurt alors qu’elle ne devrait pas, il existe donc un pouvoir bien plus grand que celui du Death Note, celui des facilités scénaristiques, un pouvoir bien plus dangereux. Mais admettons, c’est peut-être une faille et ils l’ont exploitée, on ne sait pas… Mais quand Ryuk dit : « Le dernier qui a essayé d’écrire mon nom n’a pu écrire que deux lettres » et que 20 minutes avant, on voit écrit bien distinctement « Prends garde à Ryuk », y’a un problème quelque part.

Ca c’était pour les incohérences, mais pour les fautes de goûts, c’est encore pire. Le film a l’air d’avoir le cul coincé entre trois chaises, coincé entre le film pour ado des dernières années, le thriller et le film d’enquête. Le film n’arrive jamais à faire un choix correct et dès qu’il essaie d’entrer dans un genre, le fait très mal. Que ce soit la scène de la découvert de Ryuk, la scène dans l’orphelinat, ou la totalité des scènes se passant au lycée, la mayonnaise ne prend pas. Surtout quand lors des scènes de tension, le film se permet de te balancer une chanson d’amour c’est hors de propos et on peut légitimement douter de l’amour en question. Rien ne prend et c’est dommage vu tout ce qu’il essaie de forcer. Et ne parlons pas des scènes de morts complétements narnardesques ou de cette fin ouverte… 
Les personnages n’ont absolument aucun intérêt, à aucun moment, on prend partie pour l’un ou pour l’autre, alors qu’encore une fois, le film force  à ce qu’on défende Light et qu’on est pitié de L.
Et c’est peut-être ça le problème, le film nous force constamment, en nous forçant à aimer Light, en nous forçant à aimer ses actions, son couple. Il essaie de nous forcer à avoir des réactions que l’on devrait avoir naturellement, mais à trop nous forcer, on en sort avec une mauvaise expérience.

Au-delà d’être une mauvaise adaptation qui ose à peine aller complètement dans son idée de situer l’action aux USA et qui touche à peine aux sujets universels abordés dans l’oeuvre d’origine, Death Note version Netflix est un mauvais film bien souvent incohérent dans les règles qu’il impose ou dans les choix qu’il fait. Ne perdez pas 1h40 de votre vie dans ce film qui force une pseudo implication du spectateur.


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